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Accélérer le déclin de la France: un devoir pour les souverainistes africains

Par Fabien Meledouman
Il appartient aux panafricanistes et souverainistes comme à ceux qui sont attachés à la liberté et à l’autodétermination des peuples en Occident de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour accélérer ce déclin

Comment l’Afrique francophone se porte-t-elle aujourd’hui? Mal, très mal même, de notre point de vue. Elle ressemble en effet à ce voyageur attaqué puis abandonné à demi mort par des bandits entre Jérusalem et Jéricho dans la parabole du bon Samaritain (Luke 10:29-37). Pour le dire autrement, elle donne l’impression d’être condamnée à ne produire que des rébellions, coups d’État et guerres dans la mesure où elle n’en a pas fini avec les crises comme on l’a vu en 2013 avec les événements dramatiques du Mali et de Centrafrique après celles en Côte d’Ivoire et en Libye. Peut-on aujourd’hui prétendre affirmer que les interventions de la France et de la douteuse soit-disant communauté internationale dans ces pays ont été salutaires? Cependant, François Hollande y voyage « gratis pro Deo » comme pour afficher quelconques résultats positifs de ses guerres de recolonisation du continent.

L’opération « Sangaris » étant en cours en Centrafrique, il est trop tôt pour la juger. Cependant, les bilans ne seront pas différents de ceux bouleversants des autres pays à entendre les politiciens Africains, si l’on se réfère à une déclaration du Sénégalais Amath Dansokho. En effet, au Mali, tout en reconnaissant que la France a stoppé l’avancée des djihadistes, des forcenés qui veulent imposer leur modèle de société par la mort et la violence, le président d’honneur du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) ne comprend pas que les autorités françaises protègent certains groupes armés dans le nord du Mali et se demande si l’objectif de cette protection n’est pas la création d’un État croupion qui permettrait l’exploitation des immenses ressources minières et énergétiques de cette zone au détriment du pays.

Toute l’ambiguïté de la France est là - faire croire qu’elle vole au secours de ses ex-colonies confrontées à des difficultés alors que la soit-disant et imaginaire « grande » nation, cet eternel pays prédateur et de vieux voyous y sème le désordre et la mort lui-même. Tout le monde sait, par exemple, que c’est parce qu’elle a plongé la Libye dans le chaos que des terroristes se sont installés au Nord du Mali voisin avec des armes puissantes et dangereuses prises en Libye. Les autorités françaises semblent ne pas être contentes aujourd’hui de Michel Djotodia parce que sa politique ne convient pas au prédateur France. Mais qui a laissé les combattants de la Seleka prendre le pouvoir à Bangui? Quand François Bozizé demandait l’assistance de la France, Hollande n’avait-il pas refusé de bouger? D’ailleurs, qui avait aidé Bozizé à chasser en 2003 Ange-Félix Patassé démocratiquement élu président de la République en 1993? La France et la douteuse communauté internationale « attisent le feu et l’allument ».

Après avoir commis leurs actes de pyromane, ils reviennent sur le terrain jouer les pompiers. Tous les dirigeants français et cette douteuse communauté internationale ont constamment joué le rôle principal comme pyromanes-pompiers depuis des siècles en Afrique dans le but de piller les ressources naturelles du continent. À moins qu’ils fassent semblant, quelques traîtres africains refusent de comprendre que c’est la France qui “fout la merde” dans ses ex-colonies, surtout en Afrique où ses intérêts sont colossaux. Pour eux, ce sont les Africains qu’il convient de blâmer car ils sont les seuls responsables de cette situation. Mais pourquoi rejettent-ils toute la faute sur leurs frères et non sur la France et la douteuse communauté internationale qui tuent les Africains? Pourquoi n’incriminent-ils jamais ces vrais fautifs? Pour une raison aussi simple que dire bonjour: ils tiennent à préserver leurs petits intérêts (le vin, le fromage et le visa français, le petit boulot sans valeur dans telle ou telle PME française). Certes, les fils et filles de cette partie de l’Afrique ne sont pas irréprochables. Leurs péchés sont, entre autres, la cupidité, l’incurie, l’égoïsme, le tribalisme, le non-respect du bien commun, la corruption. Mais l’objectivité et l’honnêteté commandent de dire aussi que l’Afrique de langue française souffre plus et d’abord des hommes politiques français qui n’ont jamais renoncé à piller via Areva, Total, Bouygues, Bolloré, Orange, France Télécom et d’autres entreprises les richesses naturelles et à s’ingérer dans ses affaires intérieures de ces pays africains soumis par les armes et étranglement économiques.

Une ingérence que même certains sérieux analystes occidentaux ne se privent plus de dénoncer à haute voix. Ainsi, en est-il de Fabrice Tarrit, président de l’ONG “Survie”, quand il juge le sommet de l’Élysée pour la paix et la sécurité en Afrique (6 et 7 décembre 2013) : “En 1998, lors d’un précédent sommet France-Afrique sur la sécurité, la France avait annoncé vouloir changer de pratiques en matière de coopération militaire. 15 ans plus tard, son armée est toujours bien positionnée en Afrique et la plupart des dictateurs de l’époque sont toujours en place. La France poursuit ses interventions militaires sans avoir dressé aucun bilan de ces opérations ni de leur impact réel sur la paix et la démocratie dans les pays concernés. Ce bilan serait, il est vrai, accablant. Et Patrick Farbiaz, porte-parole de « Sortir du Colonialisme », de renchérir: Ce sommet intervient pendant la négociation d’une loi de programmation militaire qui, dans le prolongement du Livre Blanc sur la Défense, prévoit le renforcement de la capacité d’intervention des forces françaises sur le continent. On assiste à une relégitimation de l’ingérence militaire française qui s’appuie sur une propagande autour d’opérations prétendument menées au nom des droits de l’Homme, mais qui servent en vérité les intérêts français.

Le candidat Hollande avait promis le changement non seulement dans la manière de gouverner la France mais aussi dans les relations entre la France et les pays africains. Vingt mois après son élection, peut-on penser que la Françafrique a été démantelée? Le palais de l’Élysée a-t-il une seule fois fermé ses portes aux dictateurs et sanguinaires qui sont à la tête des pays africains depuis 20, 25, 30 ou 40 ans? Il est vrai que Kabila fut humilié par Hollande lors du XIVe somment de la francophonie à Kinshasa (13-14 octobre 2012) mais qu’en est-il d’Idriss Déby (Tchad) et de Blaise Compaoré (Burkina Fasso)? La France a-t-elle arrêté de les soutenir contre leurs peuples? Non ! Au Burkina Fasso, par exemple, 75 cadres du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) parmi lesquels Marc Roch Christian Kaboré, Salif Diallo et Simon Compaoré viennent de claquer la porte du parti au pouvoir pour protester contre la volonté du président burkinabè de modifier l’article 37 de la Constitution burkinabè, ce qui lui permettrait de briguer un cinquième mandat. Il est peu probable que la France, habituée à venir en aide aux présidents qui travaillent pour elle en Afrique, lâche celui qui gouverne le Burkina depuis 1987 après l’assassinat de Thomas Sankara.

Selon Michel Galy, la France est intervenue militairement 50 fois en 50 ans en Afrique et elle est le seul pays européen à continuer à contrôler et à manipuler ses ex-colonies 54 ans après la proclamation des indépendances. Pour lui, “de telles interventions sont impensables par exemple pour la Grande-Bretagne au Zimbabwe ou au Kenya”. Le politologue français, qui juge “inadmissibles cent cinquante ans de domination militaire et d’exploitation violente sous des formes diverses mais avec des résultats similaires – maintien de dictatures ou de « démocratures » savamment instaurées, entretenues, louangées”, termine son article en plaçant François Hollande devant deux options: “s’inscrire dans cette continuité anachronique ou aider les concernés africains à se libérer du joug impérialiste”. À notre avis, son pays devrait prendre le second chemin. Car une nation est grande, non pas en dominant « ad vitam aeternam ».

Comme l’annaliste romain, Diodore de Sicile le disait : « Non seulement, dans l’exercice de la souveraineté, il faut se conduire avec douceur envers ceux qui sont d’une humble condition, mais encore, dans la vie privée, il ne faut pas être dur avec les esclaves. Car l’arrogance et la dureté produisent dans les états et parmi les hommes libres des guerres civiles ; de même que, dans la vie privée, elles soulèvent des esclaves contres les maîtres, et préparent aux cités des terribles désordres. Plus les chefs sont cruels et méchants, plus les sujets sont féroces dans leur vengeance : car celui que le hasard a fait naître dans une basse condition laisse volontiers à ses supérieurs les honneurs et la gloire. Mais si on lui refuse l’humanité à laquelle il a droit, il se révolte contre les despotes. »

La France aura-t-elle volontairement un jour le courage de rompre d’elle-même avec la Françafrique comme elle le promet chaque fois que le pouvoir s’apprête à changer de main? Il n’est pas certain qu’elle consente à passer des discours aux actes, tant sa puissance dépend en grande partie du fric qu’elle retire illégalement de l’Afrique depuis cinq décennies et lors de l’esclavage. Mais, quand on pense aux consciences qui s’éveillent de plus en plus en Afrique et dans les diasporas, on peut se demander si le système rapace n’est pas en train de vivre ses derniers moments, si le pays dirigé par Hollande n’est pas aujourd’hui économiquement plus proche de l’Espagne ou de l’Italie que du Royaume-Uni ou de l’Allemagne, si son déclin n’a pas d’ores et déjà commencé. Il appartient aux panafricanistes et souverainistes comme à ceux qui sont attachés à la liberté et à l’autodétermination des peuples en Occident de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour accélérer ce déclin.

Fabien Meledouman
"Quelques légères corrections et modifications ont été faites par le Pan African Radio Team, aussi bien dans la version française que l’anglaise."

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