Cloches and minarets – Is Europe returning to its barbarism and intolerance? (English & French)
Des cloches et des minarets

Par René Guitton
Lors de la prise de Jérusalem en 635 par le calife Omar, ce dernier refusa de prier dans le Saint Sépulcre comme l’y invitait le patriarche chrétien, de crainte que ses hommes n’invoquent ce précédent pour transformer en mosquée ce lieu de culte et priver ainsi les Chrétiens de la faculté de pratiquer librement leur religion.
vendredi 18 décembre 2009
C’était une époque qu’on qualifiait de barbare mais qui, sur ce point comme sur tant d’autres savait se montrer souvent plus civilisée et tolérante que notre monde contemporain, où les passions et les crispations se traduisent par le retour du fanatisme et de l’intolérance religieuse.
L’exemple donné par le calife Omar, inventeur de la dimitude et de son code qui régissait la vie des non musulmans, symbolise bien le contenu du pacte qui porte son nom et qui reconnaît aux non musulmans, aux peuples du Livre (un terme qui se réfère aux juifs et aux chrétiens), la possibilité de vivre en terre d’islam et d’y posséder leurs propres édifices cultuels. Peut-on imaginer Jérusalem, Alep, Le Caire, Bagdad, Damas, Tunis, Alger, Casablanca… sans cette fragile dentelle de clochers, de minarets, voire parfois de coupoles de synagogues qui s’élancent vers le ciel comme autant d’échelles permettant aux fidèles d’adresser leurs prières à leur Dieu ?
L’Orient compliqué nous donnait de la sorte une leçon très simple, qu’il est parfois bien incapable de reprendre aujourd’hui à son compte puisqu’il est lui-même traversé par de profondes contradictions et par des tentatives d’uniformisation religieuse.
De ce refus de l’Autre et de son droit absolu à prier comme il l’entend, la Suisse, qui accueillit jadis les Protestants chassés de France, vient de donner un déplorable exemple en adoptant, le 29 novembre 2009, une loi interdisant la construction de minarets sur son sol.
L’affaire a quelque chose de dérisoire si elle n’était pas d’une certaine manière tragique. L’on voit mal en effet ce en quoi la Suisse, fière de sa neutralité multiséculaire, pourrait être menacée, dans son existence et sa culture, par l’édification de minarets.
Quels que soient les raisons qui ont inspiré cette initiative, beaucoup estiment que son acceptation est avant tout la manifestation d’un refus de l’islam et du droit qu’ont les Musulmans de pouvoir pratiquer librement leur culte là où ils vivent.
La « votation » suisse ne touche pas uniquement les Musulmans, même s’ils en sont les premières victimes. Elle institutionnalise ce « choc des civilisations » cher à Samuel Huttington, laissant aux citoyens, ou à leurs représentants élus, le soin de déterminer le cadre de vie et les modes de pensée en fonction de critères de majorité démographique.
Ce type de raisonnement revient à justifier tout autant l’interdiction de construction de minarets en « terre chrétienne », que celle d’églises ou de synagogues en « terre d’islam ». Le nivellement ethnico-religieux fait ici bon ménage avec le monolithisme religieux et ressuscite le vieux principe, que l’on croyait aboli, de la religion du prince qui, après la Réforme, déterminait la religion du pays : un peuple, un pays, une religion.
C’est à l’application absurde de ce principe inique que l’on dut la disparition de l’Espagne des Trois religions, avec l’expulsion des Juifs et des Morisques à la Renaissance, phénomène qui eut pour conséquence l’appauvrissement spirituel et matériel de la péninsule ibérique. C’est le même principe qui a animé bien des totalitarismes du monde moderne, décidés à effacer les spiritualités qui contredisaient leur message de haine et d’exclusion. C’est ce même principe qui est à l’œuvre encore aujourd’hui dans trop de régions de la planète où l’appartenance à une minorité est synonyme d’inégalité.
Ceux-là même qui refusent la construction de minarets en Suisse n’ont pas conscience de ce qu’un jour ils pourraient être perçus comme ceux qui brûlent les synagogues ou qui détruisent les Eglises dans l’ancien croissant fertile ou ailleurs. Faut-il le rappeler, qu’il soit juif, chrétien, musulman, agnostique ou athée, quand un groupe est menacé, c’est le signal que d’autres pourront l’être à leur tour.
La spirale est déjà amorcée et peut produire ses effets dévastateurs si nous ne nous mobilisons pas dès maintenant pour affirmer que la dignité éminente de tout être humain et le droit pour tout croyant de prier son Dieu comme il l’entend, ne sont pas fonction de l’obtention d’un permis de construire.
Les minarets de Genève valent bien les cloches de Bâle. Il est peut-être temps pour tous, de s’en souvenir.
* René Guitton est écrivain et essayiste, membre de l’Alliance des civilisations et vient de recevoir le Prix des Droits de l’Homme 2009. Cet article a été écrit pour le Service de presse Common Ground (CGNews).
Source : Service de presse Common Ground (CGNews), 18 décembre 2009,
Cloches and Minarets

As Jerusalem was conquered in year 635 by the calif Omar, he refused to pray in the Saint Sepulcher even when invited by the christian patriarch, with the fear that doing so, his soldiers will be attempted to transform this christian saint place into a mosque.
Friday, December 18, 2009
It was a time they described as barbaric but on this point as on so others know themselves often show most civilized and tolerant than our contemporary world, where passions and tensions are reflected in the return of fanaticism and religious intolerance.
The example given by the Caliph Omar, inventor of the dimitude and its code that governed the lives of non-Muslims, symbolizes the content of the pact which bears his name and recognizes the non-Muslim peoples of the Book (a term that refers to Jews and Christians), the possibility of living in Islamic countries and to own their own places of worship. Can you imagine Jerusalem, Aleppo, Cairo, Baghdad, Damascus, Tunis, Algiers, Casablanca … this fragile lace without steeples, minarets, domes and sometimes synagogues that soar to heaven like so many scales to the faithful to send their prayers to their God?
The complicated Orient gave us a lesson so simple, it is sometimes quite unable to resume today in his account since it is itself crossed by deep contradictions and attempts to standardize religious.
The refusal of the Other and its absolute right to pray as he wishes, Switzerland, which once welcomed Protestants expelled from France, has given a deplorable example by adopting, November 29, 2009, a law prohibiting the construction of minarets on its soil.
The case is somewhat laughable if it was not somehow tragic. It is hard to see what effect that Switzerland is proud of its neutrality centuries, could be threatened in its existence and its culture, the building of minarets.
Whatever the reasons that inspired this initiative, many feel that its acceptance is the foremost event of a rejection of Islam and the right of Muslims to freely practice their religion where they live.
The “voting” Switzerland does not only affect Muslims, even if they are the first victims. It institutionalizes the “clash of civilizations” in Samuel Huntington dear, leaving citizens or their elected representatives, to determine the quality of life and modes of thought according to criteria of majority.
This type of reasoning to justify returns just as the ban construction of minarets in “Christian lands” that churches and synagogues in the “land of Islam.” Leveling ethno-religious mix is here with the monolithic religious and revives the old principle, that we thought abolished religion of the prince who, after the Reformation, determined the religion of the country: a people, a country, religion.
It is the absurd application of this principle, unconscionable that we had the disappearance of the Spain of three religions, with the expulsion of Jews and Moors in the Renaissance, a phenomenon which had resulted in the impoverishment and spiritual material of the Iberian Peninsula. The same principle that has animated much of totalitarianism in the modern world, determined to erase the spirituality that contradict their message of hate and exclusion. This same principle is at work today in too many parts of the world where the minority is synonymous with inequality.
Even those who refuse the construction of minarets in Switzerland did not realize that one day they might be perceived as those who burn synagogues or destroyed churches in the ancient Fertile Crescent or elsewhere. Must remember, whether Jewish, Christian, Muslim, agnostic or atheist, when a group is threatened, is the signal that others may be their turn.
The spiral has already begun and can produce devastating effects if we do not mobilize now to say that the eminent dignity of every human being and the right of every believer to pray to his God as he understands it, does not depend obtaining a building permit.
The minarets of Geneva is well worth the bells of Basel. It may be time for everyone to remember.
* René Guitton is a writer and essayist, member of the Alliance of Civilizations and has received the Award of Human Rights 2009. This article was written for the Press Common Ground (CGNews).
Source: Common Ground News (CGNews), December 18, 2009,