L’agonie du CFA

Les vérités du patron de l’Uemoa sur la FrançAfrique monétaire
(Farafina Magazine 12/10/2009)

Le malien Soumaila Cissé qui préside la Commission de l’union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), vient de faire des confidences à farafinamag.com sur les relations entre le trésor français et les pays africains au sujet du franc CFA, une monnaie commune à 14 pays africains.
On se rappelle la sortie de Mamadou Coulibaly, professeur d’économie et président de l’Assemblée nationale de la Côte d’Ivoire, à travers un article critique sur les dégâts de l’indexation du franc Cfa à l’euro via une garantie du trésor public français. Dans son attaque retentissante, M. Coulibaly expliquait que «aucun pays africain n’est capable de dire quelle partie des réserves de change placées sur un compte commun du Trésor français, lui appartient réellement. Seule la France a le privilège d’accéder à ces informations » ajoutait-il, profitant de l’occasion pour lancer un appel à la création d’une monnaie indépendante, sans lien avec le passé colonial.
Le malien Soumaila Cissé qui préside la Commission de l’union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), vient de faire des confidences à farafinamag.com sur les relations entre le trésor français et les pays africains au sujet du franc CFA, une monnaie commune à 14 pays africain. « Chaque année, le trésor français me paye 20 millions d’euros sous forme de compensation des pertes occasionnées par le placement d’une partie des réserves des pays de la zone Cfa sur un compte d’opération du trésor public français » déclare le président de la Commission de l’Uemoa.
L’ancien ministre des finances du gouvernement malien nommé par les chefs d’état en janvier 2004 pour diriger la Commission de l’Uemoa affirme que le montant de « toutes les réserves en devises » des états membres de la zone Cfa, « en contrepartie de la garantie de la monnaie et de l’assurance de la convertibilité du franc Cfa est passé de 75% à 65 au moment du passage à l’euro et aujourd’hui à seulement 50% en raison de la bonne gestion de notre monnaie commune. » Les cinquante autres pour cent sont ainsi placés sur le marché international au gré des états suivant leurs intérêts. Mieux, le versement annuel de 20 millions d’euros, investis par l’Uemoa pour financer ses programmes d’intégration, est sans limite de durée dans le temps.
Même si des esprits taquins pourraient faire remarquer la relative faiblesse de cette « compensation » du trésor français et surtout mettre en cause le système de calcul du montant suivant les évolutions financières de l’économie de la sous-région et de celle de la France, il convient quand même de souligner que la dépendance du franc Cfa, s’agissant de la garantie de la monnaie et de l’assurance de sa convertibilité, à seulement 50% du trésor public français, dénouent les relations de ce qu’on appelle la FrançAfrique monétaire. Mais de là à rêver d’un décrochage total de la monnaie Cfa, il y a des avertissements que préfère faire valoir M. Cissé.
« Aujourd’hui, le franc Cfa est un système qui fonctionne, assure une certaine tranquillité aux états membres. C’est même un système vers lequel tout le monde veut tendre. On parle de monnaie commune au niveau de la Cedeao et même de l’Union africaine. Le Cfa est commun à 14 pays africains, ce qui veut dire que c’est un bon exemple. L’indépendance monétaire, est une question politique, il est vrai, mais je pense aujourd’hui que quelque soit ce que l’on veut faire, il est important d’être bien préparé à cela ; avoir les hommes qu’il faut, les outils et les systèmes de surveillance des marchés adéquats, les structures adaptées… »
Dans l’atmosphère mondiale de crise qui a obligé l’Uemoa à revoir son taux de croissance régionale à la baisse à 3,5 – ce qui reste encore à confirmer – il est mieux indiqué d’attendre des jours meilleurs avec des taux de croissance élevés pour envisager tout autre chose que le système actuel qui semble plus bénéfique pour nos pays, qu’une aventure sur des théories économiques à l’image des relations entre l’Argentine ou la Chine avec le dollar américain.
Oussouf Diagola (Paris)
Publié le 11/10/2009 à 17:18