
Le président burkinabè Blaise Compaoré, le 3 octobre 2009 à Conakry avec le leader de la junte guinéenne Moussa Dadis Camara.
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CONAKRY (AFP) -
lundi 05 octobre 2009 – 21h13 - Le président burkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne, a proposé lundi à la junte et à l’opposition de se rencontrer “très rapidement” à Ouagadougou après la répression sanglante du 28 septembre. “Il nous a demandés de dialoguer, il a proposé des rencontres à Ouagadougou entre le CNDD (Conseil nationale pour le développement et la démocratie, junte) et les +forces vives+ (partis politiques, syndicats et société civile)”, a déclaré à l’AFP l’ancien Premier ministre François Lonseny Fall.
“Les forces vives lui ont remis un long memorendum qui est très clair, nous avons demandé le départ du CNDD et l’installation d’un gouvernement civil pour conduire la transition”, vers les élections générales prévues en janvier 2010, a-t-il ajouté, après une rencontre avec le médiateur à Conakry.
“Nous nous rencontrerons très probablement à Ouagadougou, très rapidement, dans les jours qui viennent, avec l’appui des autres organisations africaines et internationales”, a confirmé l’ancien Premier ministre Sydia Touré.
Le président burkinabè a entamé cette médiation comme “facilitateur”, nommé par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Il doit tenter de “relancer le dialogue” entre les deux parties.
Accueilli à sa descente d’avion par le président autoproclamé de Guinée au pouvoir depuis neuf mois, le capitaine Moussa Dadis Camara, en tenue militaire, M. Compaoré a déclaré qu’il venait voir “comment relancer à la fois le dialogue et une conduite sereine du processus politique”.
Il a rencontré les représentants du groupe international de contact sur la Guinée puis ceux des “forces vives” (partis d’opposition, syndicats, société civile), avant de s’entretenir avec le capitaine putschiste.
Il a dit espérer obtenir de ce dernier “des précisions sur la conduite du processus électoral pour qu’il soit pacifique, apaisé, exempt de violences, démocratique, transparent”.
L’opposition souhaite que le capitaine putschiste “ne se présente pas” à la présidentielle de janvier, a expliqué un de ses chefs, Jean-Marie Doré. “C’est le fondement des revendications des forces vives”.
La médiation a débuté une semaine après le massacre de sympathisants de l’opposition par les forces de sécurité dans un stade de Conakry, qui a fait au moins 150 morts, selon l’Onu.
Mais l’étape de la médiation en Guinée est “dépassée”, a estimé lundi l’Ong importante Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), basée au Sénégal.
“Nous estimons qu’on a dépassé le stade de la médiation, c’est une mission presque impossible pour (le président) Compaoré”, a déclaré son président Alioune Tine à l’AFP. Plutôt qu’une médiation, “il faut demander d’arrêter les responsables” des répressions sanglantes du 28 septembre, a-t-il ajouté.
Lundi, le capitaine Dadis Camara s’est montré très irrité par les déclarations du chef de la diplomatie française Bernard Kouchner: “Il me semble qu’aujourd’hui, on ne peut plus travailler avec Dadis Camara, et qu’il faut qu’il y ait une intervention internationale”, avait-il dit dimanche.
La Guinée n’est “pas une sous-préfecture, pas un arrondissement de la France ni d’aucune puissance”, a sèchement réagi le chef de la junte.
M. Kouchner avait aussi déclaré au sujet du “déferlement de violences” que “même (l’ex-dictateur ougandais Idi) Amin Dada n’avait pas fait ça”.
Après avoir rencontré ce lundi 5 octobre la junte et l’opposition guinéenne, le président bourkinabè Blaise Compaoré, médiateur dans la crise en Guinée a proposé aux deux parties une rencontre à Ouagadougou dont la date n’a pas été fixée.
Le président burkinabé Blaise Compaoré (G), médiateur dans la crise en Guinée et le président Moussa Dadis Camara (D).
( Photo : Laurent Correau/ RFI )
Les leaders des «forces vives» : partis politiques d’opposition, syndicats et société civile, vont se concerter aujourd’hui pour déterminer s’ils acceptent le dialogue proposé par Blaise Compaoré.et dans ce cas définir les conditions dans les quelles il pourrait se tenir. Mais avant de s’engager dans un tel processus les principaux responsables politiques guinéens ont d’abord exigé que les corps des victimes des tueries du 28 septembre dernier soient restitues aux familles que ceux qui ont été arrêtés soient libérés et qu’un minimum de sécurité soit garanti pour tous les Guinéens.
Dans un long mémorandum qu’elles ont remis au médiateur burkinabè, les forces vives demandent le départ de la junte et l’installation d’un gouvernement civil chargé de conduire la transition jusqu’aux élections générales.
Le président Compaoré qui selon l’un des principaux opposants est surtout venu les écouter va examiner les propositions et évaluer dans un premier temps les possibilités de dialogue. Si l’option d’un départ de Dadis Camara semble pour le moment difficilement réalisable, lui imposer en revanche de renoncer à sa candidature à la présidentielle est possible. Selon nos sources Blaise Compaoré, hier, lui a fait déjà passer le message.
Jugé responsable des atrocités du 28 septembre dernier, Dadis Camara est aujourd’hui mis au banc de la communauté internationale. Reste à savoir si le chef de la junte va comprendre qu’il lui faut desserrer l’étau sous peine de risquer l’asphyxie.
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